Pause doute

Photo ou vidéo : comment savoir si elle vient d’une IA ?

Signature du fichier, filigrane SynthID, recherche d’image inversée, contexte : les 4 vérifications qui marchent, dans l’ordre. Et pourquoi l’œil ne suffit plus.

Une photo trop belle, une vidéo choc, un proche qui demande « c’est vrai, ça ? ». Il n’existe pas de test qui réponde à coup sûr. Mais quatre vérifications, faites dans l’ordre, donnent souvent une piste sérieuse. Et quand elles ne donnent rien, elles disent au moins quoi faire.

En bref

  1. Cherchez une signature dans le fichier. Certaines IA signent ce qu’elles créent. C’est le signal le plus clair, quand il est là.
  2. Cherchez le filigrane SynthID, chez Google ou OpenAI. Il résiste mieux au partage.
  3. Cherchez l’image ailleurs avec une recherche d’image inversée (Google Lens, TinEye). C’est souvent la vérification la plus utile.
  4. Regardez le contexte : qui l’envoie, pourquoi, et ce qu’on vous demande de faire.

Les indices à l’œil nu (mains, texte, reflets) viennent en dernier. Les IA récentes n’en laissent presque plus.

1. Chercher une signature dans le fichier

Plusieurs outils d’IA ajoutent au fichier une signature numérique qui dit avec quoi il a été créé. C’est le cas d’OpenAI (ChatGPT), de Google (Gemini), d’Adobe (Firefly) ou de Microsoft. Certains appareils photo font l’inverse : ils signent la prise de vue. Cette norme s’appelle C2PA, ou Content Credentials. Elle est expliquée dans C2PA et Content Credentials, simplement.

Comment faire. Déposez le fichier sur Pause doute. La lecture se fait sur votre appareil : le fichier n’est envoyé nulle part. Vous obtenez l’un de ces résultats :

  • une signature d’IA trouvée : un émetteur reconnu déclare que le fichier a été créé ou retouché avec une IA ;
  • une mention d’IA non signée : une étiquette laissée par un logiciel d’IA, que n’importe qui peut ajouter ou effacer ;
  • une signature d’origine : par exemple celle d’un appareil photo ;
  • aucune signature : le cas le plus fréquent. Ça ne veut dire ni « vrai », ni « fabriqué ».

La limite. Les signatures disparaissent au partage. Le Washington Post a publié la même vidéo signée sur 8 applications : aucune n’a gardé la signature. Une photo envoyée sur WhatsApp en mode « photo », ou une capture d’écran, n’en a plus. Pour avoir une chance, il faut le fichier d’origine : voir Obtenir le fichier original.

2. Chercher le filigrane SynthID

Google cache un filigrane invisible, SynthID, dans les images, vidéos et sons de ses IA et de celles de ses partenaires (OpenAI, NVIDIA, Kakao). Contrairement à une signature, il est dans les pixels. D’après Google, il résiste à la compression et aux filtres. C’est donc la meilleure chance sur une image déjà partagée.

Comment faire. Trois outils officiels le cherchent : SynthID Detector sur synthid.com, l’appli Gemini (en français) et l’outil d’OpenAI. Chacun demande d’envoyer le fichier sur ses serveurs. Le pas à pas, traduit : SynthID en français.

La limite. Seules les IA qui utilisent SynthID sont reconnues. Midjourney ou Grok, par exemple, n’en mettent pas. « Filigrane non détecté » ne veut donc pas dire « pas une IA ».

3. Chercher l’image ailleurs : la recherche d’image inversée

Cette vérification ne cherche pas l’IA. Elle cherche d’où vient l’image. Elle démasque beaucoup de tromperies : une « photo d’actualité » qui circule depuis des années, un logement déjà publié dans une autre annonce, un profil qui utilise la photo de quelqu’un d’autre. Les autorités la recommandent, notamment contre les arnaques sentimentales.

Comment faire, sur téléphone. Ouvrez l’appli Google, touchez l’icône Google Lens dans la barre de recherche, puis choisissez la photo. Sur ordinateur, allez sur google.com et cliquez sur « Rechercher par image ». TinEye fait la même chose, et trie les résultats par date.

Comment lire le résultat.

  • L’image existe ailleurs, plus ancienne ou avec une autre légende : vous tenez une piste sérieuse. Lisez les pages trouvées.
  • L’image n’existe nulle part : ça ne prouve rien. Une image récente, ou fabriquée par une IA, n’a souvent aucun antécédent.

Pour une image qui fait le tour des réseaux, regardez aussi si des journalistes l’ont déjà vérifiée : AFP Factuel ou Les Décodeurs du Monde, par exemple.

4. Regarder le contexte

C’est souvent là que tout se joue, IA ou pas.

  • Qui l’envoie ? Une personne que vous connaissez, ou un compte inconnu ? Le message a-t-il été transféré de nombreuses fois ?
  • Pourquoi maintenant ? Une image faite pour indigner, faire peur ou attendrir se partage plus vite. C’est exactement ce qu’on attend de vous.
  • Que vous demande-t-on ? Partager, cliquer, payer, donner un code ? L’urgence, le secret et l’argent, ensemble, doivent vous arrêter. Voir Quand on vous demande de l’argent.

Et les indices à l’œil nu ?

Les conseils classiques restent utiles comme premier regard : des mains aux doigts en trop, un texte illisible sur une pancarte, des reflets ou des ombres incohérents, une peau trop lisse, un arrière-plan qui se fond dans les cheveux.

Mais ne vous y fiez pas pour conclure, dans un sens comme dans l’autre :

  • Les erreurs visibles se font rares. Des chercheurs de l’université UNSW de Sydney l’écrivent en 2026 : les dents déformées, les lunettes fondues dans le visage ou les oreilles mal attachées sont devenues « bien moins fréquentes ».
  • Notre œil se trompe. Dans une étude publiée par la revue PNAS, des participants devaient dire si des visages étaient réels ou générés par IA. Ils ont eu raison à peu près une fois sur deux, comme à pile ou face. Et les visages générés leur inspiraient un peu plus confiance que les vrais.
  • Une vraie photo peut avoir l’air bizarre, et une image d’IA peut être parfaite.

Et pour une vidéo ?

Les mêmes étapes s’appliquent, avec quelques repères en plus :

  • Les filigranes visibles. Les vidéos téléchargées depuis Sora 2 (OpenAI) portent un filigrane visible qui se déplace. Celles de Veo (Google) portent un filigrane visible, sauf pour certains abonnés. Mais un filigrane visible peut être recadré ou flouté.
  • Les mentions des plateformes. YouTube peut signaler, dans la description, qu’un contenu est modifié ou synthétique. Lisez aussi la description et les mots-dièse : certains créateurs indiquent l’IA.
  • SynthID marche aussi sur la vidéo. SynthID Detector accepte les fichiers MP4, MOV et WEBM. Gemini, les vidéos de moins de 90 secondes.
  • La durée. Beaucoup de vidéos générées sont très courtes, faites de plans de quelques secondes. Ce n’est qu’un indice : une vraie vidéo peut être courte aussi.

Pourquoi pas un détecteur qui donne un score ?

Beaucoup de sites promettent de dire, avec un pourcentage, si une image vient d’une IA. Nous ne le faisons pas, et nous vous conseillons de vous en méfier :

  • Ils se trompent beaucoup. Le PEReN, service d’expertise de l’État, a comparé 11 détecteurs d’images générées par IA : seuls 2 faisaient mieux que le hasard.
  • Ils décrochent sur les IA récentes. Une étude de 2026, menée sur plus de deux millions d’images, montre que les générateurs commerciaux récents (Flux, Firefly, Midjourney) trompent la plupart des détecteurs, qui ont alors raison moins d’une fois sur trois.
  • Un score ressemble à une mesure. Il est lu comme un verdict, et peut faire accuser quelqu’un à tort.

Que répondre à la personne qui vous l’a envoyée ?

Le plus souvent, la réponse honnête est « on ne peut pas savoir ». Ce n’est pas un échec : c’est la bonne raison de ne pas partager, et de ne pas payer.

Merci de m’avoir demandé, c’est le bon réflexe ! J’ai regardé : on ne peut pas savoir si cette image est vraie. Dans le doute, on ne la partage pas, et on ne paie rien à partir de ça. Tu sais qui l’a envoyée en premier ?

Pour une réponse adaptée au résultat de la vérification, déposez le fichier sur Pause doute : une réponse prête à envoyer s’affiche après la pause.

Sources

  • Nightingale S. J. et Farid H., « AI-synthesized faces are indistinguishable from real faces and more trustworthy », PNAS, pnas.org, 14 février 2022.
  • UNSW Sydney, « Humans overconfident when telling AI faces from real faces », unsw.edu.au, 19 février 2026.
  • PEReN, « Détecter des contenus artificiels sur les réseaux sociaux : un outil pour savoir à quels détecteurs se fier », peren.gouv.fr, 11 février 2025.
  • Étude comparative de 16 détecteurs sur 12 jeux de données, arxiv.org/abs/2602.07814, février 2026.
  • The Washington Post, test de la même vidéo signée sur 8 applications sociales (Kevin Schaul), washingtonpost.com, 22 octobre 2025, mis à jour le 10 novembre 2025.
  • Google, « We’re making it easier to identify AI-generated content globally », blog.google, 7 octobre 2026.
  • SynthID Detector, FAQ (formats acceptés), synthid.com, consulté le 8 octobre 2026.
  • Aide Gemini, « Vérifier les images, les vidéos et les contenus audio générés par IA », support.google.com, consulté le 8 octobre 2026.
  • OpenAI, « Sora 2 : Provenance and transparency initiatives », deploymentsafety.openai.com, consulté le 8 octobre 2026.
  • Google, annonce de l’arrivée de Veo 3 sur mobile et du filigrane visible, blog.google, 30 mai 2025.
  • Cybermalveillance.gouv.fr, « Comment réagir en cas d’escroquerie sentimentale » (recherche inversée des photos), cybermalveillance.gouv.fr, consulté le 8 octobre 2026.
  • Aide Recherche Google, « Effectuer une recherche à l’aide d’une image sur Google », support.google.com, consulté le 8 octobre 2026.

Mis à jour le 8 octobre 2026.